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DIAPASON (France)

Est-ce de l’auto-suggestion? Dans le portrait de Sterndale Bennett reproduit à l’intérieur prend à trouver des ressemblances avec notre cher Mendelssohn et avec Schumann : la coiffure du premier, le regard du second… La sonate pour piano du compositeur britannique se situe au point d’équilibre exact entre les styles de ses deux glorieux amis, en mobilisant l’effervescence et la générosité mélodiques de l’un, les ruptures rythmiques et le sens des contrastes de l’autre. Passé un premier mouvement sonnant comme un grande fantaisie quasi improvisé, on y découvre un scherzo qui ressemble à une nouvelle Kreisleriana, une sorte de Romance sans parole (il faut se rappeler que cet Opus 13 fut offert à Mendelssohn, en 1837, comme cadeau de mariage) puis un finale où Florestan et Eusébius, les faux jumeaux schumanniens, se disputent le devant de la scène.

Redoutable en cas d’audition à l’aveugle, la partition de Sterndale Bennett mérite des louanges qui vont bien au-delà du petit jeu des comparaisons, aussi flatteuses soient-elles. Elle trouve ici, avec le piano dense, sculptural et brillant de Hiroaki Takenouchi, un ardent défenseur. Ce jeu vigoureux mai jamais agressif met bien en lumière les rythmes serrés et les éruptions fiévreuses d’une sonate volontaire. Son attachement à la clarté polyphonique caractérise également son interprétation, marquée par des lignes de basses qui se distinguent à grands traits et des voix médianes frémissantes sur lesquelles se déploie un chant fervent.

Le couplage aves les Etudes symphoniques allait de soi puisque Schumann dédia ce recueil à Sterndale Bennett. Takenouchi en offre une version ample et pleine de relief, qui prend davantage appui sur le travail rythmique que sur l’ampleur de la palette. Avec un tempo souvent assez retenu et un jeu parfois anguleux, il souligne les progressions sinueuses des diff´rentes voix, leurs entrechocs, leurs mouvements implacables. Tant les effets de halo (Etude nº 11) que les obstinations portés par des accords massifs (nº 7) sont majestueusement rendus, dans éclat argenté et puissant.

Jérôme Bastianelli (Sep 2017)